Versus



Monsieur Olivier Ouunautre
Connaissez-vous la doctite ? Et la doctorite ?
Certains spécimens atteint de cette altération se surfont d’un es qui les suit comme leur ombre. D’autres se pensent aussi brillants que les lettres dorées qu’ils apposent sur leur plaque. Et ils se gargarisent, gonflent tant la poitrine qu’elle leur masque la vue. Ils ne peuvent donc plus discerner, là, juste devant eux, celui qui pourtant avec es mais sans dorure s’éclipse dans ses godasses terreuses pour soigner la vie. L’âme en peine ? Certainement moins qu’infiniment triste des bassesses de l’humanité.
Ces maladies là nous disent-elles que l’habit fait le moine ? Non bien entendu.
Car certains peuvent être atteint de doctite mais pourtant rester immunisés contre la doctorite, tout simplement par manque de doctorat. Pour autant, ce n’est pas moins alarmant. Ceux là se qualifient de « sachant ». Sachant, celui qui sait. Qui sait d’ailleurs bien souvent depuis plusieurs générations, c’est dire s’il sait bien. Mais qui sait quoi au fait ? Savoir éprouvé par qui ? Tout enflé de leurs belles qualités, ces spécimens se gargarisent, se rendent élégants pour se donner le sentiment de flotter au dessus de leurs godasses terreuses. Ils étalent leur grandeur de pacotille grâce au vernis de leur tracteur. Mais ils gonflent tant la poitrine qu’elle leur bouche les oreilles. Ils deviennent donc sourds aux rires des pique-sous qui les suivent de partout, surveillant de très près l’obsolescence programmée de la brillance du vernis et s’appliquant à ne surtout pas leur rappeler qu’ils ne savent plus tout ce qu’ils ont oublié.
Comment soigner ces pauvres gens ? S’agissant d’une hypertrophie du ciboulot, il conviendrait peut-être d’y appliquer plusieurs fois par jour des cataplasmes d’humilité, d’amour et d’empathie, d’attention vraie à la présence de l’autre. Se dire que peut être il serait temps de se rappeler de cette belle histoire des sabots d’Hélène. Et chaque jour, patiemment, d’une manière ou d’une autre épaissir la corne de ses mains. Lire Giono peut-être aussi.
Parce que nous sommes d’accord : il s’agit bien de pauvres gens. La grandeur ne se mesure ni aux dorures, ni à la brillance mais seulement à la luminescence du cœur, seule à même de discerner le moine derrière l’habit.
